Paroles sous surveillance, création et aliénation – 26 avril 2016

Avec

Esther Rochon, écrivaine

Guillaume Latzko-Toth, professeur de communication, Université Laval,

Stéphane Leman-Langlois, professeur de criminologie, Université Laval 

et

Matthieu Dugal, animateur

PAROLES SOUS SURVEILLANCE, CRÉATION ET ALIÉNATION 


Pour cette deuxième rencontre de la série Paroles tenues, le thème Paroles sous surveillance, création et aliénation est retenu.

Afin de soutenir la discussion autour de ce thème, nos invités sont Esther Rochon (écrivaine), Guillaume Latzko-Toth (professeur de communication, Université Laval) et Stéphane Leman-Langlois (professeur de criminologie, Université Laval).

C’est Matthieu Dugal qui assurera l’animation de cette rencontre du 26 avril au Cercle!

Une démarche de réflexion et d’échanges a été proposée au public via une page Facebook expressément conçue pour vous donner la parole. Vous souhaitez Tenir Paroles? N’hésitez plus : facebook.com/parolestenues

PAROLES SOUS SURVEILLANCE, CRÉATION ET ALIÉNATION 

Comment la technologie génère des systèmes de surveillance et d’auto-surveillance volontaire

Naturellement, il n’y avait pas de moyen de savoir si à un moment on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée, se branchait-elle sur une ligne quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment… On devait vivre, on vivait, car l’habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu et que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement était perçu.

George Orwell, 1984

Avec l’avènement des technologies de l’information et des communications, nous vivons aujourd’hui à l’intérieur d’un vaste champ d’images, d’algorithmes et de métadonnées qui nous définissent, dissèquent ce que nous sommes, ce que nous pensons et ce que nous consommons tant dans l’espace que dans le temps. Si nous jouissons sans trop de pudeur et parfois avec beaucoup d’insouciance de cet extraordinaire potentiel mis à notre disposition en quelques clics, faut-il rappeler que l’ensemble de ces informations peut être analysé et exploité par les gouvernements mais aussi par le secteur privé, et même criminalisé, souvent à notre insu ou sans notre consentement.

Plusieurs s’inquiètent de la montée en puissance de la capacité de surveillance développée au fil des ans, prétextant que « Big Brother » n’est plus une fiction mais une réalité qui a pour nom Google, Apple, Facebook, Amazon, ou encore agences nationales de sécurité, centrales de renseignements, etc. Exagération, théorie du complot farfelue? Ne sommes-nous pas déjà entrés de plain-pied dans ce que Michel Foucault décrivait dès 1975 (dans l’ouvrage Surveiller et punir : Naissance de la prison) comme « une société non du spectacle mais de la surveillance. Nous ne sommes ni sur les gradins, ni sur la scène, mais dans la machine panoptique, investis par ses effets de pouvoir que nous reconduisons nous-mêmes puisque nous en sommes un rouage ».

Quarante ans plus tard, le constat n’est que trop vrai et chaque jour la machine grossit, imposant ses codes et ses règles aux utilisateurs dont le nombre ne cesse d’augmenter. Aux dires de certains, nous n’avons encore rien vu. La révolution quantique, le « deep learning », les progrès de l’intelligence artificielle ou des réseaux de neurones artificiels ouvriront de nouvelles avenues pour le meilleur mais aussi pour le pire, un pire qui nous laissera, malgré les promesses de liberté et d’accessibilité aux savoirs, toujours plus dépendants et plus fragiles au cœur de la machine que nous alimentons de notre intimité pour prouver et se prouver que nous existons.

Dans le contexte actuel d’insécurité — réel, supposé voire exagéré —, la surveillance est devenue un véritable enjeu — et un marché — qui permet de justifier la mise en place de politiques de gestion et de contrôle de l’information. La vidéosurveillance en est un parfait exemple, présente partout dans les villes et pas seulement dans les grandes agglomérations, braquant sur nos moindres faits et gestes un regard omniprésent et omnipotent. Nombreux sont ceux qui dénoncent cette dérive sécuritaire mise en place par les pouvoir publics prétextant une aliénation de l’espace public où l’individu, se sachant surveillé, s’assujettit de lui-même au cadre normatif édicté par l’autorité surveillante et peut ou même doit devenir sujet de surveillance et rapporter tout comportement jugé « inapproprié ». La délation est encouragée, s’organise, et nous devenons tous des cibles potentielles.

Tandis que chercheurs, spécialistes en cybersécurité et « bidouilleurs » géniaux tentent d’élaborer et de mettre en place des contrepouvoirs capables de garantir aux utilisateurs une certaine confidentialité quant aux informations échangées (notamment par le cryptage), plusieurs artistes ont mis à profit ces technologies pour en faire des créations artistiques en les détournant pour mieux les questionner. C’est notamment le cas de l’artiste canadien David Rokeby qui – selon Léa Snider – « par le biais de ses propres logiciels de création (…) cherche à redéfinir l’esthétique de la vidéosurveillance. La singularité de son art provient d’un intérêt marqué pour la dimension temporelle des œuvres et d’une exploration continue de l’œuvre numérique de surveillance au-delà du principe commun de l’interactivité. »

Paroles sous surveillance, création et aliénation est aussi l’occasion d’aborder la question de la liberté d’expression, du contrôle de l’information et de la censure dans un contexte de mondialisation des savoirs et de concentration des sources de diffusion aux mains de quelques-uns.

 


 

BIOGRAPHIES

Esther Rochon, écrivaine

Photo_Rochon2013_LouiseLeblanc-1Esther Rochon est venue tôt à l’écriture puisqu’en 1964, âgée d’à peine seize ans, elle obtenait, ex aequo avec Michel Tremblay, le Premier Prix, section Contes, du concours des Jeunes Auteurs de Radio-Canada. Depuis, elle a publié de nombreux ouvrages qui lui ont valu, entre autres, quatre fois le Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois. Née à Québec, habitant Montréal depuis fort longtemps, Esther Rochon a fait des études supérieures en mathématiques tout en devenant une fervente adepte de la philosophie bouddhiste. Elle a reçu en 2015 le prix « Hommage visionnaire » pour l’ensemble de son œuvre, soulignant son apport exemplaire aux littératures de l’imaginaire en Amérique francophone.

Quelques-uns de ses titres récents parus chez Alire :

La Splendeur des monstres (2015); La Rivière des morts (2007); La Dragonne de l’aurore (Le cycle de Vrénalik, 2009); L’Aigle des profondeurs (Le cycle de Vrénalik, 2002); Lame (Les Chroniques infernales, 2008); Sorbier(Les Chroniques infernales, 2000); Or (Les Chroniques infernales, 1999).


 

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Guillaume Latzko-Toth, professeur de communication, Université Laval

Guillaume Latzko-Toth est professeur agrégé au Département d’information et de communication de l’Université Laval, où il enseigne notamment les enjeux sociaux des médias numériques, et codirecteur du Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur (LabCMO). Ses recherches et publications portent sur l’histoire et sur les usages des médias sociaux et des technologies numériques, ainsi que sur les enjeux éthiques de l’utilisation des traces numériques déposées par les internautes dans les espaces en ligne. Il est membre du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST).

 


 

Stéphane Leman-Langlois, professeur de criminologie, Université Laval 

Stéphane Leman-Langlois 5x7 300dpi-1

Stéphane Leman-Langlois est professeur titulaire de criminologie à l’Université Laval ainsi que titulairede la chaire de recherche du Canada en Surveillance et construction sociale du risque. Ses

travaux ont porté sur la justice en période de transition politique, sur la police, le renseignement de sécurité, le terrorisme et les nouvelles technologies de surveillance. Il a récemment publié Technocrime: Policing and Surveillance, Routledge, 2012; Sphères de surveillance, PUM, 2011; Terrorisme et antite

rrorisme au Canada, PUM, 2009;Technocrime : Technology, Crime and Social Control, Willan, 2008.

 


 

Matthieu Dugal, animateur 

02432.001.XDiplômé en journalisme et en sciences politiques, Matthieu Dugal pratique le métier de journaliste, d’animateur et de chroniqueur depuis 20 ans. Tour à tour journaliste aux nouvelles à la radio de Radio-Canada au Saguenay, rédacteur à RDI Montréal, pigiste pour Le Devoir, Voir, Urbania, Ici Montréal, Le Soleil, animateur et journaliste à TV5, il a aussi animé pendant 4 ans l’émission « Méchant Contraste! » présentée sur les ondes de Télé-Québec. Il anime depuis 2011 l’émission de culture numérique « La sphère » sur Ici Radio-Canada Première et, depuis 2014, il est chroniqueur hebdomadaire à Paris sur l’émission « 300 millions de critiques » animée par Guillaume Durand et diffusée dans plus de 200 pays et territoires sur les ondes de TV5 Monde. Dans le Téléjournal 22 h animé par Céline Galipeau sur Ici Radio-Canada Télé on peut le voir dans une chronique techno hebdomadaire, ainsi que dans 8 stations régionales de Radio-Canada partout au Canada. Chaque vendredi, il tient aussi une chronique techno dans le retour à la maison « Le 15-18 », animé par Annie Desrochers sur les ondes d’Ici Radio-Canada Première. À l’hiver 2015, Matthieu Dugal a aussi remplacé à pied levé Marie-France Bazzo à la barre de Bazzo.Tv sur les ondes de Télé Québec.


Capsule vidéo vox-pop :

Date et heure : 26 avril 2016, 20h

Tarif : 15.00$/ 12.00$ étudiant

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