L’Insurrection des spectres

Patrick\Avive, artiste de Québec issu du milieu du graffiti, lance le cycle de direction artistique autour des Première Nations avec Moi, Toi, le Vaste et le chevreuil qui prend place sous forme de parcours sur les murs du Cercle jusqu’au 31 août.

Avec cette exposition, il s’agissait de créer une forte empreinte, facilement accessible, qui sache mettre en relief nos relations pour le moins complexes à tout un pan de notre patrimoine culturel. Faire appel à un artiste d’art urbain, lui offrir une tribune libre, s’est vite imposé sachant l’esprit de subversion à l’origine de ce mouvement artistique contemporain.

Repenser les modalités de l’art urbain sans le dénaturer faisait certes partie du défi, mais l’opération la plus délicate était de faire émerger dans le champ de nos visions occuppées ce qui chuchote tout bas dans nos pensées, de forcer le regard vers les fantômes qui hantent la mémoire des Premières Nations et fait inexorablement retour dans nos rapports à celles-ci.

 


 

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Entre la lumière qui blesse et l’ombre qui étouffe, ne sentez-vous pas cette chape mortifère qui couve sur nos consciences individuelles et collectives?

La tenue et les conclusions récentes de la Comission de vérité et réconciliation sur la réalité des pensionnats autochtones, sans oublier le phénomène inquiétant de disparition et d’assassinat de centaines de femmes autochtones à travers le Canada, nous met devant une réalité de porter collectivement la responsabilité d’un « génocide » à traiter.

 

Au-delà des excuses et des dollars d’indemnisations versés aux victimes  de ces pensionnats, une tâche commune incombe aux artistes, aux philosophes et aux historiens. Un travail sur la représentation à défaire et refaire constamment pour donner à comprendre que nous vivons ce présent et son possible renouveau qu’à travers les montages de nos mémoires et de nos désirs de contact avec l’autre.

Via son univers à la fois ludique et mélancolique, Patrick\ Avive réussit donc à faire apparaitre en clair obscur, à même le lieu public, les contours d’un possible rapprochement, d’une ouverture sur l’apport des cultures des premières nations dans la construction de notre identité partagée. Et ce, en invitant à la fréquentation des spectres comme le préalable à toute émancipation, et la hantise comme la révolte même.

 

Caroline Simonis, directrice artistique du Cercle-Lab vivant

 

 

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